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L’ÉDUCATION SOMATIQUE :
Prise de conscience à travers le mouvement

24/12/06.- Depuis 1999, je travaille en tant qu’éducatrice somatique. J’ai eu l’occasion d’offrir des ateliers au Brésil, au Québec et au Pérou, à des personnes de toutes sortes et provenances : dans des centres de femmes, dans des centres de loisir, à l’hôpital auprès de patients atteints du cancer et dans des centres spécialisés en traitement de la toxicomanie.

Je parlerai ici de quelques principes de l’éducation somatique. J’illustre ces principes avec des cas recueillis de mon enseignement auprès d’une clientèle générale et auprès des toxicomanes en traitement. Je me réfère à ces personnes par des noms fictifs.

Après la rupture avec sa copine et l’éloignement de son enfant, Luciano recommence à consommer de la drogue et fait une tentative de suicide. Âgé de 22 ans, le surfer péruvien Luciano cède aux supplications de sa famille pour qu’il retourne en traitement.

Quand j’ai connu Luciano, cela faisait six mois qu’il était interné dans un centre spécialisé en toxicomanie au Pérou. Il arrive au cours en retard et agité, en se plaignant de son thérapeute et des autres patients. Il dit se sentir « accéléré » et fait des critiques très acerbes concernant le Centre et l’horaire de notre atelier.

Je le sens absent, il me regarde peu dans les yeux, absorbé par toutes sortes d’émotions. Troublée par l’avalanche verbale de Luciano, je décide enfin de me manifester, en lui proposant de laisser tomber ses souvenirs de la matinée et de se concentrer sur le moment présent.

Je lui propose de rythmer ses mouvements par son propre rythme respiratoire : on tourne la tête vers la droite, on inspire; on tourne la tête vers la gauche, on expire. Après environ dix minutes, le cours de l’atelier prend un tournant : Luciano semble “rentrer dedans”, sa respiration me semble plus profonde et son rythme moins rapide. À la fin de notre rencontre, il est plus centré, plus calme, les yeux moins distraits.

Le jeune furieux et nerveux du début du cours s’est métamorphosé en un homme plus centré, en contact avec ses peines et ses espoirs. Luciano confirme mes impressions en affirmant : “Au début du cours, je n’étais pas là, mes pensées étaient ailleurs dans mes problèmes et mes tâches quotidiennes.

Plus le cours avançait, plus je sentais mon corps léger.” Il reconnaît que, pendant le cours, son attention avait changé totalement, qu’il se sentait en paix et qu’il s’habituait peu à peu à faire les mouvements, que je lui proposais, plus lentement.“J’ai pris conscience à quel point je fais toutes mes tâches de façon beaucoup trop rapide!” Luciano a reconnu l’importance de la ponctualité et il m’a présenté ses raisons pour son retard, en me parlant d’une façon plus calme, sans s’emporter ni s’irriter.

Le plus important, c’est qu’il a pu se rendre compte que son état d’humeur et sa perception des évènements étaient liés à son vécu corporel et à son attention. C’était comme s’il aurait enfin “tombé en soi”. En conclusion, Luciano représente un exemple probant des transformations que j’ai constatées pendant les ateliers d’éducation somatique.


La voie du mouvement

L’éducation somatique est un champ d’étude théorique et pratique qui s’intéresse à la conscience du corps et à son mouvement dans l’environnement. Sous le nom d’éducation somatique, on retrouve, entre autres, les méthodes suivantes : Feldenkrais, Antigymnastique, Eutonie, Technique Alexander, Trager, Somarythme, Continuum et Body Mind Centering. Ces approches se définissent comme étant de l’éducation du mouvement.

Parallèlement aux modèles de corps-machine et de corps-objet qui découlent de certaines conceptions cartésiennes, où le corps est considéré comme dissocié de l’esprit, une autre mentalité, à propos du corps, émerge après la Deuxième Guerre mondiale : le corps vécu – un modèle de corps porteur d’une philosophie holistique et écologique. Compte tenu de leurs différences techniques et pédagogiques, l’ensemble des méthodes d’éducation somatique est basé sur une constellation de valeurs qui s’opposent à la vision mécanique et dualiste du corps et qui aspirent à un idéal de santé globale de l’homme et de son environnement. Les approches somatiques partagent le principe que le corps est un organisme vivant indivisible et indissociable de la conscience.


Le corps vécu

L’expression « somatique » tire son origine du mot grec soma et a été remise en valeur par Hanna (1986), qui fait une distinction entre soma et corps. Soma est le corps subjectif, perçu « du dedans » tandis que corps est ce qu’on perçoit « du dehors », le corps objectif.

Quoique chaque méthode d’éducation somatique ait ses propres techniques, elles partagent toutes le principe que c’est le vécu du corps qui est visé dans ses applications, soit : le soulagement des douleurs, la gestion du stress, l’amélioration de la motricité, le développement du comportement psychosomatique en général et la prévention des dysfonctions musculo squelettiques.


S’enrichir de son propre chemin

En éducation somatique, plutôt que de focaliser sur des dysfonctions ou de corriger des pathologies, on travaille à ce que la personne retrouve une organisation plus optimale de tout son corps.

Pour les éducateurs somatiques, le corps et la conscience forment un tout et ce principe soutient leur pédagogie. On ne construit pas les ateliers en fonction des symptômes présentés par les participants, on choisit plutôt d’amener le participant à prendre conscience que, en général, son « problème » touche l’ensemble de son être. Le rôle de l’éducateur somatique est d’amener la personne à retrouver un état d’unité entre son corps et son esprit.

À travers le mouvement, l’éducateur guide la personne à reconnecter des parties de soi peu développées, négligées ou refoulées. Une des prémisses philosophiques de l’éducation somatique est qu’un apprentissage authentique et durable est fondé sur l’expérience.

Comme le dit la neurologue Hannaford : « L’expérience et les sensations sont des apprentissages. Les sensations forment les fondements de notre compréhension à partir de laquelle les concepts et la pensée se développent. »

Les méthodes en éducation somatique n’exigent pas la maîtrise des exercices proposés. L’éducateur somatique vise plutôt à éveiller l’attention de l’élève à son propre processus d’apprentissage, et une de ses stratégies est de travailler à partir de la sensation.

Le but est d’amener la personne à prendre contact avec ce qu’elle ressent d’elle-même et de son l’environnement. Ce n’est pas tant le mouvement que l’éducateur somatique enseigne à l’élève, mais c’est d’observer et de sentir son mouvement. On invite l’élève à s’impliquer dans l’exercice qu’il est en train de faire, non pas seulement à l’exécuter de façon mécanique en copiant un modèle.

Dès le début des cours, l’éducateur somatique a intérêt à clarifier le fait qu’il ne soit pas un modèle à copier et qu’il ne prône pas un idéal à atteindre. Avoir un idéal vis-à-vis le corps signifie placer son attention au dehors de soi et restreindre sa capacité de choisir.

Dans le cas où nous avons un modèle de corps auquel il faut ressembler le plus possible, le seul choix qui nous reste est de « performer » pour l’atteindre un jour, coûte que coûte. On travaille alors en visant le futur alors qu’en éducation somatique, le propos est d’avoir accès, dans le moment présent, à différentes facettes de la conscience humaine : ses facultés motrices, cognitives, affectives, etc. D’après moi, le seul idéal en éducation somatique est de faire l’expérience de l’unité que nous sommes déjà.

Le biologiste Varela pose une question sur la capacité humaine de devenir conscient :

Nous savons tous que nous pouvons devenir conscients, cela nous arrive tout le temps. Tout d’un coup, on devient conscient de ceci, de cela; que ce soit une conscience de quelque chose à extérieur ou à l’intérieur de nous. La question est celle ci : la capacité de devenir conscient peut-elle être cultivée comme une habilité?

En éducation somatique, on considère que tout être vivant possède un savoir inné lui permettant de créer les conditions pour vivre en santé ou pour se régénérer, en cas de maladie et/ou d’accident.

En ce sens, le travail de l’éducateur somatique est de fournir aux participants des outils pour la reconnaissance et l’actualisation de ce savoir. L’éducateur vise à amener la personne à valider sa propre expérience vécue et à devenir conscient.

Les méthodes d’éducation somatique se définissent comme étant un savoir-faire que la personne s’approprie : celle-ci peut alors l’utiliser régulièrement dans son quotidien ou lors de périodes de stress, comme un moment de ressourcement et d’apaisement physique et mental.

Le cas de Luciano, raconté au début de l’article, illustre comment un travail simple de coordination du mouvement de la tête au rythme respiratoire peut amener une personne à reprendre contact avec elle-même.

L’éducateur somatique propose aux élèves d’abord la relaxation, c’est à dire la réduction de l’effort et de la vitesse dans les mouvements pratiqués. En fait, ce qu’on vise à travers la relaxation est d’amener la personne à raffiner sa capacité à sentir et à trouver un rythme et une qualité de mouvement qui émergent de son senti corporel.

Dans un des cours d’éducation somatique que j’ai offerts dans un centre de traitement de la toxicomanie à Montréal, un des participants, Christian, a dit se sentir angoissé par ses problèmes d’argent et ne pas se sentir suffisamment centré. Il affirmait qu’il fallait être plus concentré pour faire les exercices que je proposais.

Je l’ai invité alors à essayer le chemin inverse, c’est à dire à faire les mouvements et à observer si un état de concentration mentale émergeait. Après le cours, il est revenu sur la question : « Pendant le cours, je n’ai pas pensé à mes problèmes d’argent, mais… une fois le cours fini… » Je lui ai fait la remarque qu’on vit tous de l’angoisse, à un moment ou à un autre de notre vie.

C’est comment je vis l’angoisse qui fait toute la différence. Je lui ai raconté la fameuse histoire du cocon brisé : une personne marchait dans le bois et elle voit au loin un cocon qui bougeait, pendu à une branche d’arbre. À mesure qu’elle s’approche, elle se rend compte qu’un papillon lutte pour casser le cocon et sortir.

Touchée par les efforts de l’insecte et mue par son désir d’aider le papillon à se libérer de son carcan, la personne tend la main vers le cocon et le brise. Quelle n’a pas été sa surprise de constater que le papillon, mou, tombe sur la terre et qu’il trébuche en essayant en vain de voler. La personne ignorait que le papillon doit briser son cocon et passer par le trou étroit pour sortir afin que ses ailes prennent l’allure et la force nécessaires pour voler.

Quand quelqu’un n’a pas accès à son senti et à son intériorité, le monde « extérieur » semble être la seule réalité : source des bonheurs et malheurs auxquels on est soumis. La pratique des exercices proposés par l’éducateur somatique est un entraînement à l’observation de notre propre fonctionnement et une prise en charge de notre manière d’être et d’agir. Tel un papillon, on possède tous déjà la capacité de briser le cocon et de voler : il suffit d’en devenir conscient.


Faire peau neuve

Frontière entre le Je et l’Autre, la peau est le plus vaste organe du corps humain, le lieu de l’affection par excellence. Le désir d’autoconnaissance commence par l’intimité qu’on sent envers soi-même. L’intimité avec soi passe aussi par la texture de la peau, son odeur et sa couleur.

Le sociologue Le Breton (1990) est d’avis que la vue est le sens le plus utilisé dans les sociétés industrialisées contemporaines, et ce à partir des constats suivants : l’hypervalorisation de la lecture comme moyen d’obtention de l’information et du savoir; l’esthétique des « top-models » imposés par les médias; l’omniprésence de la télévision, du vidéo et du cinéma comme loisirs; l’usage incontournable de l’ordinateur, etc. En ce sens, le corps peut devenir un objet parmi d’autres, à voir, à valoriser selon son apparence.

Pour la plupart des personnes, par exemple, le toucher est restreint à la période de l’enfance ou à des relations intimes. Il pourrait bien être devenu la faculté sensorielle la moins développée dans notre société.

Par contre, dans le contexte des ateliers en éducation somatique, le toucher est une des premières voies sensorimotrices que les éducateurs somatiques cherchent à éveiller chez l’élève. N’oublions pas que la vibration du son atteint la peau de l’oreille, la sensation du goût se fait au contact entre un aliment et la peau de la langue et ainsi de suite pour l’odorat. De plus, on respire par la peau.

Dans le développement du fœtus, la peau et le système nerveux apparaissent à partir de l’ectoderme, la couche la plus externe de l’embryon. Montagu (1979) affirme que différentes études scientifiques ont fait la preuve que la peau souffre lorsque le système nerveux est sous stress, ce que confirme l’expression populaire « J’ai les nerfs à fleur de peau ». Le toucher peut alors contribuer non seulement à apaiser le système nerveux, mais à régulariser ses différentes fonctions.

La sensibilisation de la peau en éducation somatique est un moyen d’éveiller le système proprioceptif, qui a des récepteurs sur la peau, les muscles, les ligaments et les articulations.

Le système proprioceptif est responsable, entre autres, d’informer le système nerveux de la position du corps dans l’espace, ainsi que des différences de pression et d’étirement auxquelles sont soumises les parties du corps. Il est possible, pour une personne, de développer une qualité de présence plus fine lorsqu’elle fait un usage équilibré de tous ses sens, notamment du toucher.

Sur le plan psychologique, la sensibilisation de la peau en éducation somatique est une stratégie pour la (re)découverte de la tendresse, de l’affectivité, de la sensualité et de l’identité, sans lesquelles la vie perd ses couleurs.

Cette stratégie trouve sa raison d’être surtout dans le contexte de l’Amérique du Nord et de l’Europe où, pendant une bonne partie de l’année, les personnes sont lourdement habillées pour se protéger du froid, ce qui amène un certain degré d’anesthésie de la peau.

Pendant les cours d’éducation somatique, il s’agit alors de proposer aux participants toute une exploration du contact de la peau sur le sol ou avec des objets (balles, bâtons, coussins, etc.). Ces accessoires deviennent des points de repère pour un travail d’automassage qui stimule la peau, amenant la personne à redéfinir ses frontières et à renouveler sa relation avec l’environnement.

Par exemple, une participante atteinte de fibromyalgie se plaignait souvent de se sentir « sans support » et « frustré ». J’ai abordé ses plaintes à travers des exercices d’automassage et d’étirement, en cherchent à éveiller son système proprioceptif.

Au cours des nos rencontres, cette personne a connu, peut être pour la première fois dans sa vie, des sensations telles que : « présence », « plus de solidité », « plus de mobilité », « affirmation de soi », « meilleur appui des pieds au sol ». Elle m’a dit avoir constaté qu’elle ne réagissait plus de la même façon face aux situations de frustration et qu’elle se sentait plus disponible à faire face aux défis rencontrés dans son quotidien.

C’est ce qu’en éducation on nomme le transfert de l’apprentissage. Dans le cas de l’éducation somatique, un transfert d’apprentissage se produit lorsque quelqu’un retrouve, souvent de façon spontanée, les apprentissages faits pendant les ateliers en éducation somatique dans ses activités quotidiennes, dans ses relations avec autrui et l’environnement.

L’anthropologue Montagu (1979) affirme que : « La peau est un organe déterminant dans le développement du comportement humain. » Pour la santé globale de tout individu, il est alors très important que les sensations de la peau soient renouvelées. Ne dit-on pas de quelqu’un qui se transforme : « il a changé de peau »; et de quelqu’un qui est à l’aise : « il est bien dans sa peau »?


Une question de perception

Je nomme « état somatique » l’ensemble des sensations, perceptions, émotions et pensées que chacun de nous développe et cultive afin de se maintenir en vie. Notre état somatique s’adapte à chaque situation, à chaque interaction avec l’environnement.

C’est ce qu’on appelle l’autorégulation : notre faculté innée de retrouver l’équilibre. Les problèmes chroniques de santé, en général, adviennent quand notre état somatique se rigidifie et notre capacité à nous autoréguler est étouffée, comme, par exemple, dans le cas où la personne vit un stress constant: la peur de perdre son emploi, la compulsion à performer, un deuil, la violence, une maladie grave, la consommation de drogues, etc.

Le psychiatre Servan-Schreiber (2003) affirme que les études cliniques suggèrent que 50 à 75 % de toutes les consultations chez un médecin sont occasionnées, en premier lieu, par le stress. Si d’un côté, la vie en société a des exigences, de l’autre côté, l’important est que la personne sache reconnaître ses états d’équilibre et de déséquilibre ainsi que le chemin pour aller de l’un à l’autre.

Il est plus facile de faire face aux contraintes de la vie en société lorsqu’on est en mesure de s’adapter en ayant recours aux ressources naturelles d’autorégulation de notre propre organisme.

Les propos de l’éducation somatique orientent la personne vers le raffinement des sens afin de lui faire prendre conscience de son état somatique actuel et de lui donner accès à l’expérience d’autres états somatiques.

Le but est d’amener la personne à retrouver son propre équilibre à travers des expériences vécues qui lui font prendre conscience que : « L’intérieur et l’extérieur constituent un seul et unique processus et le corps humain est le carrefour de cette synergie » .

L’éducateur somatique contribue à modifier la perception du participant en l’invitant à pratiquer des mouvements inhabituels qui demandent à celui ci de la concentration, c’est-à-dire un état de présence à l’unité du corps et de l’esprit. En dehors d’une optique de performance, l’éducateur somatique invite le participant à s’intéresser au processus de son mouvement plutôt qu’au résultat des exercices.

Par exemple, dans un des exercices, on demande à la personne de rouler la tête sur un bâton de bois. On suggère à l’élève d’amener son attention à l’intérieur de son propre visage, qui sera donc « senti du dedans ». Tout en continuant le mouvement de la tête sur le bâton, on peut lui demander d’ouvrir son focus d’attention vers l’ensemble de son corps, et puis vers le son que les autres participants font en roulant leurs têtes.

En plus d’automasser les petits muscles du cou et de la tête et d’éveiller les sensations de volume et de poids de la tête, l’expérience de se percevoir sous différents angles (« visage du dedans », ensemble du corps et bruits d’autres personnes) peut amener la personne à saisir, par ses propres sens, le continuum entre les différents modes d’attention et les différentes facettes d’une même réalité.

En s’exerçant à faire bouger son attention et à l’assouplir, la manière qu’on a de percevoir la realité change parce que :

(…) si on aborde des états de douleur et de plaisir ou des états intermédiaires, ça requiert qu’on aborde aussi l’état de l’organisme physique, tel que représenté dans le cerveau (…). Nos pensées le plus raffinées et nos meilleures actions, nos plus grandes joies et nos tristesses le plus profondes utilisent le corps comme une scène. »

À titre d’exemple, je cite la période d’évaluation des cours faite avec les participants d’un centre de traitement de la toxicomanie au Québec. À la fin de la session, je leur ai demandé ce que les cours leur avaient apporté et j’ai eu les réponses suivantes : « Les exercices m’ont fait connaître mon corps et mes limites »; « une nouvelle façon de voir mon corps »; « (…) mieux gérer mon stress et mon anxiété, ressentir mon corps, me détendre »; « une heure de détente sans penser à rien » et « ce que je recherchais, c’est-à-dire un mieux-être ». Dans un centre de traitement de la toxicomanie au Pérou, les patients avec qui j’ai travaillé parlent de leur vécu dans les cours : « relaxation », « entre veille et sommeil », « faire le vide tout en travaillant », « l’apaisement mental », « le calme », « divertissant », « jeu », « libre », « harmonie ».

Luciano décrit plus en détail son expérience : Dans mes patterns de comportement, je suis habitué à faire des choses de façon rapide. Quand j’étais dans les cours, c’était difficile de maintenir le calme, la tranquillité pour faire les exercices. Plus on avançait dans la session, plus je me rendais compte que je pouvais avoir ce calme. Il y a quelque chose en dedans de moi qui me laisse faire les choses plus lentement, avec plus de calme.

Dans ces deux exemples, j’ai observé que, dans le cas des personnes toxicomanes en cours de démarche, les exercices proposés dans les cours d’éducation somatique ont stimulé leur capacité naturelle d’autorégulation, ce qu’ils cherchaient à faire auparavant à travers l’utilisation de drogues.

En conclusion, les exercices proposés dans les cours d’éducation somatique sont un jeu d’attention qui peut rendre notre perception plus flexible afin que nous retrouvions, selon la personnalité et les besoins de chacun, un état somatique plus équilibré, c’est à dire disponible à s’adapter dans les différentes situations de la vie quotidienne.

Derniers mots
Les cours d’éducation somatique permettent une prise en charge de toute personne intéressée à se connaître et à élargir la perception de soi et de l’environnement. La première étape des cours met l’accent sur la détente.

Cependant, loin de créer une relaxation passagère, les méthodes d’éducation somatique proposent une prise de conscience à travers le mouvement pour tous ceux qui désirent prévenir ou gérer le stress, récupérer suite à un épuisement physique et mental, apaiser les douleurs chroniques, améliorer la flexibilité et l’amplitude articulatoire, rééquilibrer les tensions musculaires excessives, travailler la coordination motrice, expérimenter une plus grande liberté respiratoire, augmenter la capacité de concentration, transformer les habitudes posturales inadéquates, reconnaître les dynamiques entre son corps, ses perceptions et ses émotions, etc.

En éducation somatique, par le vécu du corps, par la reconnaissance de notre potentiel et de nos limites, nous établissons une plus grande intimité avec nous-mêmes. Nous pouvons alors développer une plus grande aisance de mouvement, ce qui se reflètera dans nos relations avec l’environnement et dans toutes nos activités quotidiennes, peu importe notre âge, sexe ou métier.

Bibliographie

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© Débora Bolsanello
dborabolsanello@movimentoes.com
www.movimentoes.com

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